Interview: Maïmouna Gueye
Rencontre avec Maïmouna Gueye: auteur et interprète sénégalaise des Souvenirs de la dame en noir et de Bambi, elle est noire mais elle est belle. (>>Plus d’infos sur Maïmouna Gueye)
Pouvez vous nous parler de votre parcours artistique?
J’ai fait mes débuts au Sénégal, guidée par le besoin vital de prendre la parole en tant que jeune fille et jeune femme. C’est Gérard Chenet (ndlr : Auteur Haïtien exilé au Sénégal) qui m’a amené sur scène avec Antigone. C’était simple, facile… j’étais guidée par le besoin vital de m’exprimer. Après je suis partie en France avec mon ex-mari et là, le rêve d’aller plus loin vers la liberté de parole. C’était sur mon chemin, dès que je suis arrivée, j’ai voulu « m’intégrer » (c’est un mot que je n’aime pas). Après le conservatoire d’Avignon, j’ai eu une sorte de boulimie théâtrale mais je n’avais pas de but précis. Après l’école, j’avais besoin d’écrire d’où les souvenirs de la dame en Noir qui traite de sujets comme l’excision. Mais j’ai eu aussi le besoin d’avoir un deuxième regard, celui de la femme noire ici. Le tout c’est qu’il y en a d’autres qui puissent se voir, se refléter dans mes pièces. Le but du théâtre c’est de m’oublier moi-même et que ma parole puisse appartenir à d’autres. D’où Bambi. Et si on me laisse le choix d’écrire encore… et c’est une peur et une question qui reviennent sans que je sache vraiment pourquoi… j’aimerais continuer à taquiner l’écriture engagée. Egoïstement, parce que ça me fait du bien (rires) .
Vous inspirez vous d’artistes africains dans vos spectacles ?
Je m’inspire de mélodies inconscientes. Je chante mais pas forcément juste car je ne suis pas chanteuse. Il faut juste que ce soit sincère. Mon inspiration vient principalement de là.
Vous vous dites « africaine jusqu’au bout des ongles » : qu’est ce que vous revendiquez dans votre culture africaine et sénégalaise ?
Je n’ai pas besoin de dire que je suis africaine. Je le suis et je veux inviter par le biais de l’émotion et de l’humour à découvrir la différence. On aura moins peur de nous, car c’est vrai que nous sommes tellement peu représentés. Le fait d’être là, ça rassure. Une chose importante, c’est que je n’avais pas conscience de ma couleur avant d’arriver ici en France, d’où cette phrase « elle est noire, mais elle est belle ». J’ai été choquée. Le fait d’en parler, c’est la définir. Je n’aime pas le mot intégration : il montre la couleur de l’autre.
Est-ce difficile de garder sa culture aujourd’hui en France ? Un thème abordé dans la pièce, lorsque Bambi décide de s’intégrer et renonce donc à sa façon de s’habiller, de marcher, et même à ses habitudes culinaires.
Je suis une voleuse de ce qui est bon. Je reste chez moi en étant ici. J’ai changé malgré moi. Je suis là aujourd’hui car j’aime la France. La France n’est pas une personne, c’est une terre accueillante et beaucoup de gens confondent ça. Au Sénégal, la France est très présente et c’est une chose qui m’a beaucoup frappée : les journaux télévisés sont en Français mais beaucoup, dont mes sœurs, ne parlent pas français. Elles parlent Wolof. Mais c’est cette langue française qui fait que je suis là. Il faut la prendre comme une belle âme. Je n’ai pas été à l’école mais je prends ce qui me fait avancer. Et justement j’ai pris confiance par ce que j’ai appris.
Parlez nous un peu de votre actualité et de vos projets
Je fais les monologues du vagin jusqu’à fin décembre. Et je veux écrire à nouveau un spectacle. L’écriture, encore et toujours.
2 Comments Add your own
Leave a Comment
Some HTML allowed:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>
Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed
1. Interview: Maimouna Gueye « Afrique en Scène | décembre 9, 2007 at 8:38
[...] Suite de l’interview [...]
2.
Ségolène | janvier 22, 2008 at 10:46
Cette fille est vraiement super ! « Bambi » : Un bon moment à passer, entre frissons et éclats de rires.
Un spectalce et un personnage à ne pas manquer…